| Kréyol Factory - L'usine à fabriquer des créoles |
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Étymologiquement le mot "créole" vient du latin "creare" qui veut dire créer, produire. Au XVIIème siècle, il donne le mot portugais « crioulo » qui signifie "serviteur élevé, nourri dans la maison de son maître". "Factory" est un terme anglais qui signifie « usine », l'usine renvoie à une fabrique dans laquelle on produit des objets donc le nom de l'exposition est déjà une déshumanisation en soi car elle gomme toute connotation humaine. Nous pouvons traduire littéralement l'expression « Kréyol Factory » par une usine à fabriquer des esclaves nourris dans la maison du maître.
La structure de l'exposition et les œuvres d'art contemporain sélectionnées font de cette exposition une véritable « Kréyol Factory », elle a pour objectif d'amener les Afro-descendants à renier leur racine en leur laissant croire à une supposée identité aux multiples facettes. Durant l'esclavage, les maîtres esclavagistes s'ingéniaient à anéantir tout ce qui pouvait rappeler leur origine aux Africains déportés, ceux d'entre eux qui parvenaient à renier le mieux leur origine devenaient de fidèles serviteurs pour leur maître esclavagiste, ils mangeaient dans la maison du maître.
L'exposition rassemble des œuvres de 60 afro-descendants sur la thématique de l'identité créole. Beaucoup d'entre elles mettent en exergue la relation conflictuelle que de nombreux Africains de la Diaspora continuent d'entretenir avec l'Afrique. Certains afro-descendants ont accepté les mensonges occidentaux comme une vérité incontestable et ont intégré le paradigme occidental comme leur propre système de référence, ils en résultent un profonde aliénation qui produit des œuvres pleines de confusion, de désordre et de non-sens. Les artistes de l'exposition apparaissent souvent perdus, égarés, tourmentés par rapport à leur identité car ils refusent d'assumer leur origine africaine. Selon le dossier de presse de Kréyol Factory : « L'Afrique dont on en devrait parler qu'au pluriel – Les Afriques – est devenue selon l'expression de Bénédict Anderson "Une communautée imaginée." » L'une des séquences de l'exposition s'intitule « L'Afrique, "communauté imaginée" », une expression inspirée du livre « Imagines communities, reflections on the origin and spread of nationalism » paru en 1983 de Benedict Anderson, un européen. Cependant pour un Afro-descendant, l'Afrique est l'essence même de son identité, parler de communauté imaginée est une attitude malhonnête et hypocrite qui n'échappe à personne. De même que de parler de l'Afrique au pluriel, c'est une tactique courante des impérialistes pour maintenir les Noirs sous tutelle occidentale, diviser pour mieux régner. La plupart des œuvres de cette exposition mettent en relief les difficultés de certains afro-descendants à accepter leur origine, nous présentons ici quelques exemples qui illustrent nos propos. Prenons la photo phare de l'exposition (ci-dessus) intitulée « Platano Pride » de Miguel Luciano, porto-ricain. Elle représente un afro-descendant portant une longue chaine avec une banane plantin en argent en pendentif. L'attitude du jeune homme présente une forme de suffisance et de fierté en montrant cette banane plantin or dans la Caraïbe, la majorité des terres agricoles (souvent 90%) appartiennent en majorité aux descendants des maîtres esclavagistes qui produisent souvent en masse la banane qui est exportée en Occident. Les afro-descendants (hier esclaves des colons, aujourd'hui ouvriers agricoles des békés) sont contraints de cultiver ce produit pour survivre. Montrer cette banane plantin comme un objet de gloire et de fierté alors qu'elle est l'emblème de la domination occidentale sur les afro-descendants dans les Antilles est une preuve manifeste de cette aliénation. En fait c'est comme si l'esclave d'antan honorait son maître en lui montrant qu'il est fier de son asservissement. Cette banane et cette longue chaine sont les symboles suprêmes de l'asservissement des afro-caribéens obligés de cultiver une banane qui ne leur appartient pas!
Kréyol Factory comme son nom l'indique est une usine à fabriquer des créoles (crioulos), c'est à dire des serviteurs nourris dans la maison du maître , elle promotionne des afro-descendants qui n'ont pas accepté leur origine et qui ont intégré le paradigme de l'Occident comme étant le leur. L'exposition Kréyol Factory a bénéficié d'une importante campagne de communication, du soutien de nombreux partenaires (institutionnels, entreprises, médias), l'Occident veut-elle que les Afro-descendants ne reconnaissent pas leur véritable origine?
Source: [1] Ama Mazama, Langue et identité en Guadeloupe : une perspective afrocentrique, Presse de la Mambo, p96.
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