Déshumanisation : esclavage pendant le Moyen Age Imprimer Envoyer

deshumanisation, zoos humains, esclavage  De l’antiquité au Moyen age, on passe de l’esclave antique à la vie misérable du serf qui est un homme toujours réduit en servitude. Durant le Moyen Age, la situation de l’homme dominé est identique, la condition du serf est inhumaine, il est attaché à la terre et peut être vendu avec elle, comme un bien matériel.  Il est à la merci du seigneur dont il dépend. Il ne peut se marier sans l’autorisation du seigneur qui use régulièrement du droit de cuissage pour valider au préalable son mariage. Le serf est déshumanisé, il est exclu de l’humanité ce qui légitime son avilissement, il est considéré comme un être inférieur appartenant à un société barbare et sauvage : « la férocité de leurs visages et semblablement, celle de leur parler barbare, épouvantent le cœur de ceux qui les voient » [1]. Le serf est animalisé pour mieux accentuer sa déshumanisation : «Quand on les regarde manger, on croirait voir des chiens ou des porcs dévorer gloutonnement » [2]. Dans la symbolique chrétienne, le chien appartient au bestiaire de Satan, quand au Porc il représente un des symboles du Vice, symbole de saleté, du matérialisme parce qu’il a le groin tourné vers la Terre et ne regarde jamais le ciel.

deshumanisation, zoos humains, esclavage medieval  Le serf est stigmatisé de tous les péchés, il est affublé de tous les vices, on lui prête des dispositions morales ignobles : perversité, luxure, débauche, zoophilie, mœurs dépravés : « Les Navarrais forniquent honteusement avec les bestiaux ; on raconte que le Navarrais met un cadenas à la mule et sa jument pour empêcher tout autre que lui-même d’en jouir. La femme comme la mule est livrée à sa débauche. »[3]. La dégradation de l’image du serf renforcée par des stéréotypes, des préjugés et des idées reçues permet avant tout de nier son humanité pour mieux justifier son asservissement et légitimer la violente exploitation dont il est l’objet. Nous l'avons déjà prouvé, le processus de déshumanisation de l’exploité est une idéologie très ancienne en Occident. L’homme asservi, le serf appartient à la nature, au monde rural qui est  considéré comme un milieu hostile et sauvage. Repoussé aux confins de la campagne, des forêts, le serf est assimilé à la nature sauvage, il n’appartient pas à la sphère de l’humain, c’est une sous-humanité, à mi chemin entre l’homme et la bête : « Ce sont des gens féroces et la terre qu’ils habitent est hostile aussi par ses forêts et par sa sauvagerie » [4].  Dans la société médiévale, il existe deux perceptions du monde, d’une part le monde civilisé qui représente la culture, symbolisé par les seigneurs et d’autre part le monde sauvage incarné par le serf qui reflète la nature. Le concept de culture/nature est accentué par la séparation géographique entre les hommes, le seigneur occupe le château, la ville tandis que le serf occupe la campagne, la forêt. On retrouve toujours l’opposition binaire occidentale du monde : « le dualisme fondamental culture-nature s’exprime à travers l’opposition entre ce qui est bâti, cultivé et habité (ville-château-village ensemble) et ce qui est proprement sauvage (mer-forêt) » [5]. D’ailleurs le terme rustique qui provient du latin rusticus renvoie à la notion de campagne mais à aussi donner naissance au mot rustre : homme grossier, brutal.  

 

  Apport du christianisme au paradigme occidental

 

  À cause de son héritage judéo-chrétien, le paradigme occidental a été largement influencé par la religion catholique. L’introduction du mythe biblique du péché originel a durablement imprégné la culture occidentale, les théories développées à son sujet ont des répercussions profondes dans la vision du monde occidental. La déchéance d’Adam et Eve du Jardin d’Eden est une notion souple et féconde qui permet d’expliquer l’hostilité de la nature et de légitimer la cruauté de l’homme. Grâce à ce mythe, l'Occident jusitifie l’exploitation inhumaine des serfs, la mise en servitude des peuples slaves et la supériorité de l’homme sur la femme (la femme est une faible créature, elle a succombé au charme du Serpent et est coupable de la déchéance de l’humanité). Pour l’homme issu du berceau septentrional, la vision de l’humanité est sombre et pessimiste. La vie nomade dans les steppes inhospitalières ne permet pas de croire en un Dieu bienfaiteur envers l’humanité. La férocité de la nature a engendré un profond sentiment de culpabilité, l’homme condamné à tirer son pain quotidien à la sueur de son front est accablé de tous les maux. Cette conception morale provient de l’insécurité et de l’incertitude du lendemain liées à la vie nomade : « L’univers occidental est en fait un univers fondamentalement brisé où l’être humain est séparé de Dieu, séparé de la nature, et séparé de ses congénères » [6]. Pour lui, les dieux « Zeus, Javeh…» sont cruels, méfiants à l’égard de l’humanité (mythe prométhéen), sa pénible existence est le fruit d’une faute passée. La nature humaine est forcément corrompue, l’homme est incapable de faire le bien, c’est pourquoi il faut imposer le christianisme ce qui permet de rétablir « l’ordre » dans ce chaos. Pendant le Moyen Age, l’Occident prône l’expansion du christianisme, le monde chrétien s’oppose au monde non chrétien (opposition binaire). Le christianisme exhorte la mise en servitude des peuples d’Europe de l’Est. Ces derniers sont des païens, des sauvages voués à la damnation, l’esclavage est leur salut. L’homme blanco-chrétien se proclame être le sauveur de l’homme blanco-païen. La religion chrétienne permet de justifier leur mise en esclavage. À l’époque carolingienne sous Charlemagne, l’homme d’Eglise, Thomas d’Alquin possédait plus de vingt mille esclaves dans ses quatre abbayes. L’argument religieux est exploité pour permettre l’asservissement de l’homme par l’homme et légitimer la négation de l’être humain : « C’est le péché qui fait que l’homme tient l’homme dans les chaînes et toute sa destinée ; et cela n’arrive que par le jugement de Dieu, en qui il n’est point d’injustice, et qui sait mesurer les peines aux démérités.» [7]. En d'autres termes l’exploitation de l’homme par l’homme est une loi de la nature, mais c’est aussi une loi divine, elle est voulue par Dieu.
   Pour des raisons idéologiques, l’histoire occidentale a savamment occulté l’esclavage des peuples européens de l’Est et minimisé la condition inhumaine des serfs asservis au Moyen Age. La falsification de l’histoire de l’humanité prétend que l’asservissement de l’homme en Europe est marginal, occasionnel et elle espère pérenniser ce mensonge or dans le berceau septentrional, la mise en servitude et la déshumanisation de l’être humain est une longue tradition occidentale. Pour les peuples nordiques, l’exploitation de l’homme par l’homme est une loi de la nature qui se transforme en loi divine. L’homme asservi est systématiquement infériorisé, relégué au statut d’animal, réduit au rang de chose. Avec l’héritage judéo-chrétien son statut d’être humain lui est arbitrairement confisqué. D’ailleurs le mot esclave provient du grec sklabos, en latin Slavus ou Sclavus qui a donné naissance au mot « esclave » en français et « slave » en anglais. Le terme « esclave » a une origine strictement européenne qui désigne l’homme dans une condition inhumaine, homme asservi, privé de liberté.

 

Création d'un univers blanco-chrétien au Moyen âge.

 

deshumanisation, racisme, zoos humains  La symbolique chrétienne des couleurs Noir/Blanc est fondamentale puisqu’elle a permis de connoter durablement les couleurs avec des valeurs morales. Ces symboles se sont transmis et sont toujours d'actualité jusqu’à nos jours. Le Blanc symbolise la lumière, l’éternité, la pureté, la virginité. Le Noir est la couleur de l’esprit du Mal, le désespoir, le deuil. Le christianisme assimile la couleur noire au péché, à la culpabilité, aux ténèbres et particulièrement au diable : « ce qui caractérisait surtout le diable traditionnel, c’était sa couleur noire. » [8] . Pour l’Europe médiévale, l’homme Noir a hérité de la couleur du Diable, il représente le diable en personne : « De sa large bouche et de ses narines sortaient la flamme et une fumée sulfureuse. Par son noir visage, il ressemblait à un éthiopien féroce : ses cheveux et sa barbe se hérissaient, tordus comme des serpents ; ses yeux rouges comme le feu lançaient les éclairs. » [9]. Cette image du diable transformé en nègre est devenue la physionomie sous laquelle tous les peuples d’Europe se figurent encore l’homme Noir. Pour eux le nègre a hérité de la couleur du diable. L’Eglise a beaucoup contribué à accentuer la négativité de la couleur Noire : noirceur des ténèbres, du péché et du vice, du diable et la trahison, tandis que la blancheur fixe la norme du beau, du bien, de l’innocence, la pureté : « Au type blanc de Jésus, sur le front duquel se reflètent l’intelligence calme et sereine, la morale douce et avenante (…), il fut opposée un autre, ayant tous les contraires de ce qui plaît et attire dans l’image du Sauveur. Le diable est le symbole de la brutalité, de l’esprit de révolte et de la perversité. Pour mettre en relief l’opposition tranchée, profonde, inconciliable, qui existe entre les deux symboles, on pensa naturellement à faire du diable un nègre. » [10]. Ensuite pendant la Renaissance, l’Occident s’évertuera à renforcer la mythologie européenne où le blanc incarne la pureté divine et le Noir la souillure diabolique en diffusant l’image d’un Jésus Christ le plus blanc que possible, sauveur du monde même si toute le monde sait bien que « Jésus n’était pas un européen, qu’il n’avait jamais mis les pieds en Europe, et qu’il n’avait par conséquent sûrement pas les cheveux blonds et les yeux bleus que nous lui connaissons aujourd’hui » [11]. De même les vierges noires présentes partout en Europe sont diabolisées en sorcières parfois elles sont tout simplement peintes en blanc. La sémantique associée au couple de couleurs opposées Noir/Blanc est liée à la présence de Noirs en Europe médiévale avec l’invasion des Maures. Maure ou More signifie une population noire. Dans les expressions françaises anciennes, il a donné naissance à des mots signifiants des objets noirs12. L’Eglise s’est ingéniée à accentuer le coté négatif de la couleur noire car les Maures représentaient un danger, une menace pour le christianisme :  « Toute l’Europe du Moyen Age et la majeure partie de l’Europe contemporaine, beaucoup plus ignorante que ne l’avoue l’orgueil caucasique, n’ont jamais pu voir autre chose dans l’homme noir que le diable en personne » [13].zoos humains, deshumanisation 

Dans le paradigme occidental, au Moyen Age,  la nature est ordonnée selon une échelle appelée la sclala naturae symbolisant une perfection croissante où l’homme blanc représente l’échelon le plus élevé, le plus parfait, il est le centre de l’Univers. Cette construction imaginaire de la nature permet d’ordonner les hommes sur une échelle de perfection où l’homme blanc siège au rang le plus haut du monde vivant puis on descend aux autres êtres vivants et ainsi de suite. La création de l’univers blanco-chrétien est mise en place au Moyen Age, il a une influence majeure jusqu’à aujourd’hui. Toutes les expressions négatives vis-à-vis de  la couleur noire sont issues de cette conception chromatique médiévale par exemple « avoir des idées noires », « marché noire » etc. Au Moyen Age, l’homme occidental se perçoit comme le centre de l’Univers, il pense naïvement que tout tourne autour de lui. Pour lui, l’homme blanc est la créature la plus intelligente et la plus belle de la création : « ce qu’on a situé le plus loin possible de la merveilleuse merveille du Blanc chrétien, ce qu’on a relégué à l’autre bout du savant dégradé qui, à travers un splendide nuancier pneumatique et chromatique, aboutit à la noirceur pure et au pur abrutissement.»  [14]

 

  Dans son berceau septentrional, l’humanité a hérité d’une part d’une conception de l’homme proche de l’animal et d’autre part du rapport de force dominant /dominé, loi de la nature, provenant de l'héritage de la vie nomade dans les steppes inhospitalières eurasiatiques. Depuis le Moyen Age, la loi de la nature s’est transformée en loi divine, legs de la religion judéo-chrétienne. Ces conceptions morales qui représentent l’ossature du paradigme occidental justifient l’avilissement et la déshumanisation de l’homme. Ces deux piliers de l’idéologie occidentale ont eu des effets néfastes sur le reste de l’humanité.

 

Sources : 

[1] Le guide du Pèlerin de Saint Jacques, manuscrit du XII ième siècle

[2] Le guide du Pèlerin de Saint Jacques, manuscrit du XII ième siècle, p29.

[3] Op. cit.

[4] Op cit.

[5] Jacques le Goff, le désert-forêt dans l'Occident Médieval, 1980, p33.

[6] Ama Mazama, L'impératif afrocentrique, Paris, Menaibuc, 2003, p68.

[7] Saint Augustin IVème siècle après notre ère.

[8] Anténor Firmin, De l'égalité des races humaines, Paris, L'Harmattan, 2003, p368.

[9] Blasius Mélanès, Vita S. Joannis.

[10] Anténor Firmin, De l'égalité des races humaines, Paris, L'Harmattan, 2003, p368.

[11] Ama Mazama, L'impératif afrocentrique, Paris, Menaibuc, 2003, p68.

[12] M. Atgier, Les Maures d'Afrique origine ethnique du mot "Maure" et ses diverses significations successives, Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Tome 4, serie 5,  1903.

[13] Anténor Firmin, De l'égalité des races humaines, Paris, L'Harmattan, 2003, p371.

[14] Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, Presses Universitaires de France, 2005, p31.

 

Commentaires (4)
4 Jeudi, 29 Novembre 2012 17:29
gaelle
carole, refuser de voir la vérité comme tu le fais ce n'est pas un signe d'intelligence...
3 Lundi, 16 Janvier 2012 21:46
caroll
vs etes des imbeciles ce sont des sites nullllllllllllllll comme vs !!!!!!! hahahaha !!!
2 Vendredi, 22 Juillet 2011 09:15
youssou
vivement que des sites comme celui ci puissent inonder le net et permettre de lutter contre l intolerance ....
1 Jeudi, 05 Mai 2011 10:54
michel
trop cool!!!!!!!!!

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